jeudi 30 juillet 2015

Le revenu universel de base est-il une mesure réaliste ?

MAJ de la page : Revenu de base (tag)



Du Grain à moudre d'été par Thomas Baumgartner, Emilie Chaudet
Le revenu universel de base est-il une mesure réaliste ? 28.07.2015

Juha Sipilä le Premier ministre finlandais (de centre-droit) l’a annoncé il y a quelques jours lors de son discours de politique générale : il veut expérimenter dans son pays le revenu de base, le revenu universel. Une allocation pour tous, qui remplacerait tous les aides par ailleurs, allocations chômage, aides au logements, pensions de retraite même.  La Finlande imagine ainsi lutter contre la pauvreté et contre le chômage de masse.
1000 € par mois pour tous et pour chacun, sans contrepartie. Libre ensuite à tout le monde de compléter en travaillant.
Le travail deviendrait alors un choix. Ou tout du moins, tendrait à devenir un choix.
 La Finlande franchit le pas, d’une possible concrétisation de cette idée économique ancienne et qui bouscule les clivages politiques. Par ailleurs, la Suisse va lancer un référendum d’initiative populaire sur le sujet l’année prochaine, le partie d’extrême-gauche Podemos l’a inscrit à son programme, et c’était une idée portée initialement par le mouvement des Indignés,
la ville d’Utrecht va tenter l’expérience à une petite échelle en janvier 2016…
Avec :
Anne Eydoux, économiste, membre des "Economistes Atterrés" et chercheuse au Centre d'études de l'emploi et maître de conférences à l'Université Rennes 2
Marc de Basquiat, ingénieur et économiste, au débat sur le concept d'allocation universelle
Christophe Fourel, chef de la Mission Analyse Stratégique, Synthèses et Prospective à la Direction Générale de la Cohésion Sociale
Jean-Baptiste Myondo, enseignant en économie et philosophie politique


En Finlande, la fin du travail, c'est maintenant ! (ou presque)
20 juil. 2015 - RT

Le Premier ministre finlandais Juha Sipilä à l'origine de ce projet de revenu universel
Un revenu universel pour tous. Une utopie ? Pas nécessairement puisque la Finlande envisage la possibilité d'attribuer une allocation de base pour tous ses citoyens.
Ceci est une révolution. Mais elle n'a pas lieu dans un pays qui prône le communisme ou la collectivisation des moyens de production, mais bien dans un pays européen, le plus au nord d'entre eux.

La Finlande envisage en effet d'allouer un revenu universel qui pourrait atteindre environ 1000 euros par mois pour tous ses citoyens. Ce projet figure en effet dans la déclaration de politique générale du nouveau et très raisonnable gouvernement de centre droit du premier ministre finlandais Juha Sipilä.

Si ce projet aboutit, la Finlande serait alors le premier pays européen à introduire un revenu de base totalement inconditionnel.
Les détails de ce projet ne sont pas encore totalement définis, mais dans les grandes lignes, chaque citoyen devrait recevoir la même somme, quels que soient son âge, sa catégorie sociale ou son état de santé.
Ce revenu devrait être calculé de telle façon qu'il permette de vivre de façon modeste, à charge pour chacun de le compléter par une activité salariée ou d'entrepreneur.
Le gouvernement finlandais voit dans ce revenu universel plusieurs avantages. D'abord, il devrait permettre de lutter contre la pauvreté. Ensuite, il remplacerait toutes les autres aides sociales ainsi que les retraites.
Le gouvernement finlandais compte ainis réaliser paradoxalement de substantielles économies avec la simplification administrative et la suppression de postes de fonctionnaires que ce revenu peut impliquer.
Selon les sondages, 79% de la population finlandaise soutiendrait ce projet et 65% des députés seraient prêts à approuver ce projet. Seulement, les fonctionnaires demeurent la catégorie sociale la plus hostile en raison des possibles suppressions de postes publics que ce projet suppose.

La Finlande est un pays prospère en raison de son pétrole mais le chômage atteint toutefois 9% de la population. Si le projet aboutit, ce sont les régions pilotes confrontées à un fort taux de chômage qui pourraient d'abord en bénéficier.
Ce projet et son application vont être attentivement suivis par ceux qui prônent l'instauration de cette allocation universelle, ou revenu inconditionnel d’existence, pour lutter contre la pauvreté et le chômage. Des économistes très sérieux estiment en effet que la robotisation rend le travail de plus en plus rare et qu'il devient nécessaire de déconnecter le revenu de toute activité professionnelle.

Source : RT

* * *

Pour un revenu universel de base
Par Laurent Joffrin, le 22 juillet 2015

Gaspard Koenig, jeune intellectuel lié à la droite réformatrice, défend le «revenu inconditionnel d’existence», déjà expérimenté en Alaska ou à Utrecht, et cela fonctionne !

Voilà une réforme qui déplaira à tous les conservateurs, de droite et de gauche, mais qui mériterait pourtant un examen bienveillant. Résumée, elle a quelque chose d’ébouriffant. Il s’agit de distribuer, sans condition aucune, un «revenu de base» à tous les résidents d’un pays donné, la France par exemple, quels que soient leur niveau de rémunération et leur place dans la société. Ou encore, dans une version plus libérale, d’instaurer un «impôt négatif» en faveur des plus défavorisés, dont le montant, garanti à chacun, serait prélevé sur le revenu des classes moyennes et supérieures. L’idée, qui paraîtra loufoque aux non-initiés, est l’aboutissement d’une longue histoire.

Rousseau, Cabet, Marx et quelques autres avaient déjà imaginé un tel système. La terre est à tout le monde, ont-ils plaidé. C’est le système de la propriété privée qui a nanti les uns et exclu les autres. Pour corriger ces inégalités, qui font voisiner extrême richesse et dénuement total, on proclame que chacun, par sa simple qualité d’être humain, a droit à une vie décente, serait-elle frugale. Fixé à un niveau raisonnable (à environ 800 euros par mois dans beaucoup de projets), ce revenu de base éliminerait d’un coup la grande pauvreté. Il donnerait à chacun les moyens matériels, modestes mais suffisants, de choisir avec plus de liberté son travail (dont la rémunération viendrait en sus) ou bien son activité non rémunérée, dans des associations, des ONG ou encore comme artiste ou créateur. Distribué sans condition, le revenu de base (tout comme l’impôt négatif), délivrerait les bénéficiaires de toute démarche humiliante ou ardue, ainsi que de tout sentiment de culpabilité, puisque ce droit serait ouvert sans restriction à chacun, comme l’attribut naturel de tout membre de la société.

On entend d’ici les objections. C’est bien joli, dira-t-on, mais comment pouvez-vous financer une telle dépense ? Par la réallocation d’une grande partie des subsides actuellement distribués sous condition aux chômeurs, aux locataires, aux familles, aux intermittents du spectacle… On s’écriera : mais vous allez inciter des millions de gens à l’oisiveté ! Rien n’est moins sûr, répondent les promoteurs du projet. Le niveau du revenu de base restant modéré, l’incitation au travail demeurera. Quant à ceux qui choisiront de sortir du marché de l’emploi - où les postes se font de plus en plus rares -, ils resteront utiles à la société en exerçant des activités bénévoles.

Pure spéculation ? Non : le gouvernement finlandais a annoncé un projet de loi en ce sens. Et le système du revenu de base a déjà été expérimenté, en Alaska, où on a affecté à son financement une partie de la rente pétrolière. L’expérience a montré que les bénéficiaires, pour la plupart, ou bien gardait un travail rémunéré, ou bien consacrait leur temps à des activités utiles à la société. Moins de 5 % d’entre eux choisissaient l’oisiveté intégrale. Il en résultait une meilleure satisfaction collective, une baisse du taux de suicide, une diminution du stress des travailleurs, bien moins inquiets de perdre leur emploi, et un accroissement très positif de la vie associative ou de l’action caritative. Le reste est affaire de modalités et de réglages, lesquels seraient évidemment le fruit d’une délibération collective.

Il existe de ce revenu universel une version purement distributive, en général défendue par des organisations de philosophie socialisante ou écologiste. Il existe aussi une version libérale, celle que défend Gaspard Koenig, jeune intellectuel lié à la droite réformatrice, conçue à l’origine par Milton Friedman et destinée, non seulement à éliminer la grande misère, mais aussi à réformer de fond en comble un Etat-providence que ces intellectuels jugent obèse et inefficace.

Le revenu de base n’est pas seulement à l’état de projet. La ville d’Utrecht, aux Pays-Bas, vient de décider sa mise à l’épreuve auprès d’un échantillon de plusieurs centaines de familles. Le nouveau gouvernement finlandais l’a inclus dans son programme législatif, et envisage une expérimentation à grande échelle. Partout dans le monde, des associations cherchent depuis de longues années à faire progresser cette idée. Elle prend ainsi l’aspect d’une réforme réaliste, qui a le mérite de bouleverser les fondements mêmes de l’économie dans un sens humaniste et égalitaire.

Les conservateurs de tous bords en font une critique virulente, évidemment. A droite, on stigmatise un assistanat généralisé. A gauche (Attac par exemple), on fait l’éloge du salariat, seul à même de fonder les droits des travailleurs (lequel salariat a pourtant été longtemps décrié par les marxistes comme un régime d’exploitation…). Conservateurs de tous les partis, réfléchissez !

Source : Libération

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